Gilles Leimdorfer vit et travaille à Paris. Il se découvre une passion pour la photo à l'âge de 13 ans. Après des études de droit, il entre à l’AFP comme pigiste reporter photographe. Il y apprend son métier en couvrant l’actualité. Il se consacre ensuite à la photo d’illustration et au reportage magazine. Ses photos sont publiées dans Time Magazine, Grands Reportages, Capital, Geo et bien d'autres...

Après toutes ces gammes, il décide de chercher sa propre musique, de raconter ses propres histoires. Il intègre en 2001 l’agence Rapho où il continue un travail entrepris sur la France et ses mythes exposé aux Rencontres Internationales de la Photographie de Arles à la demande de Raymond Depardon en 2006 (Nationale 7, le Tour de France, l’accordéon...).

Photographe indépendant depuis 2009, il partage son temps entre ses projets personnels, tous consacrés au territoire français et travaux de commandes à destination de la communication d'entreprise, de l'édition et de la presse.

EXPOSITIONS, LIVRES

2020 – Livre « Cheminots, portrait d'une communauté de travail » Editions Autrement.

2018 - Exposition collective « Paysages français » Bibliothèque Nationale de France
- Festival Images Singulières, Sète « Mythologies »

2016
-Exposition «  La France du Tour  » La Supérette, Paris

2015 
- Livre «  Au coeur de Rungis  » Editions Gallimard

- Livre «  La France du Tour  » Editions Poetry Wanted, Collection This is not a map
2012
- Expositions à Strasbourg dans le cadre de la mission photographique et de l'atelier urbain

- Livre Tissons la Solidarité (texte Olivier Chartier, Préface de Christian Lacroix) Editions Alternatives

2011
- Lauréat de la Mission photographique du territoire de Strasbourg
 -Exposition de restitution, Galerie La Chambre, Strasbourg

-Exposition "Le geste et la matière", Institut français,  Séoul, Corée

2010
- Paris Façades, France 14,  Rencontres Internationales Photo de Arles et Bibliothèque Nationale de France, Paris

- F14 ouvrage collectif édité par Trans Photographic Press

2008 
- Images et Magies d'architectures. Parc de Sceaux. (Exposition collective)

2007
 - Rencontres internationales photo de Arles "Madame la Présidente" (exposition collective)

2006
- Rencontres internationales photo de Arles, invité de Raymond Depardon:  "Que reste t'il ?



- "Cannes Vibrato"  Le musée de la mer (commande de la ville de Cannes, exposition et livre)

2005
- Paris: "Sorbonne ouverte" (commande de la Ville De Paris)

Quand on me demande ce que je fais, je répond PHOTOGRAPHE. Inévitablement on m'interroge en quête de détails ou à défaut d'un genre. Alors, il me faut préciser mais rien ne me satisfait  : reporter, artiste, auteur, photojournaliste, photographie documentaire... A mesure que je me perds dans mes explications, je vois les regards se voiler d'ennui. Et les déceptions sont grandes dès qu'on comprend que je n'ai rien à voir avec un paparazzi. 

 

A force de photographier, je suis allé dans tous les départements de France. Là, il y a toujours un petit malin pour demander «  et Mayotte  ?  ». Dans tous les départements de France métropolitaine, donc. J'ai consciencieusement coché ma liste du numéro 01, le bien nommé l'Ain ( je crois encore que c'est exprès ) au numéro 95 le Val d'Oise où ma grand mère Anne vivait. Bien que je sois sûr de m'y être rendu, le Gers numéro 32 ne m'a laissé aucun souvenir et trouver le village de Gland dans l'Aisne, le numéro 02, m'a beaucoup fait rire.

 

Malgré tous ces voyages et un intérêt personnel prononcé pour mon pays, je serai bien en mal de le définir. J'aimerais pouvoir vous assener des vérités définitives, mais aujourd'hui je ne suis plus sûr de rien. Au cours de mes lectures, j'ai aimé la définition de Jean Christophe Bailly  : «  France, ce mot désigne quelque chose qui n'existerait pas ailleurs, du moins pas ainsi, pas de cette façon là.  »

Mais à part le fromage et la saucisse sèche ( et encore ) je n'ai rien trouvé en France que je n'ai pas retrouvé ailleurs, en Espagne, au Liban ou en Chine où le vignoble de la Grande Muraille produit une infâme piquette, certes, mais pinard quand même.

J'aime Paris et les bords de mer. Adolescent, je fus émerveillé par les Causses et les gorges du Tarn. J'ai adoré la Corse qui me hérisse désormais. Et Bessières sur Tarn où mon autre grand mère, Denise, a fini sa vie est l'endroit que je déteste le plus au monde. Je suis étonné du nombre de villages aux volets clôts, tristes à mourir. En voiture quand le temps est trop long, que la quête d'image se fait pesante, hurler par la fenêtre «  putain de bled de merde  » me défoule et l'idée qu'on ait pu m'entendre me laisse étrangement serein.

 

Je voulais voyager dans les chansons de Bruce Springsteen. Un magazine de voyage m'a bien envoyé au Nebraska mais je n'avais pas assez d'argent pour y retourner. A défaut de route 66, ça serait la Nationale 7 et ses ambiances américaines sauce frenchy de zones industrielles. Pas de «  Born to run  » ni de «  Racing in the streets  ». Dans les dîners c'est moins glamour. Omaha, Pine Ridge ou Badlands sonnent mieux que  Moulins, Nevers ou Roanne.  

 

Mais je faisais ainsi ce que, pour être honnête, j'ai toujours voulu. Des photos chez moi. Non pas que la France  soit le pays le plus intéressant au monde mais les travaux qui m'ont marqué, de Atget à Eggleston, ont tous été faits à domicile.  A regarder Shore, Evans, Doisneau et Meyerowitz, j'en ai conclu que c'est chez soi qu'on va le plus loin.  Et puis, les barrières de la langue m’exaspèrent. Pour voir, j'ai besoin de parler. 

 

    Le travail sur la Nationale 7, en 2000, était porté par mes difficultés à accepter la modernité. Ce que je voyais ne correspondais pas à un imaginaire construit dans l'enfance à coup d'Astérix, de films comme Alexandre le bienheureux et Les demoiselles de Rochefort, de pub et de magazines.   J'ai grandi, nourri de toutes sortes d'idées reçues issues de la télévision. Je constatais, après l'avoir manipulé, le pouvoir de l'image moderne et je devais enfin affronter le grand malentendu : une image nait de l'imagination et nourrit notre imaginaire. L’étymologie nous adresse un sacré pied de nez, le réel n'aurait rien à voir avec la photographie. 

 

Comme les héros de Matrix, j'ai pris une pilule bleue ( ou rouge, je ne sais plus ) pour regarder enfin le monde tel qu'il m'apparait et cesser de regretter ce qu'il aurait pu être.  Et tant pis pour le  13h  de TF1 si en 2000 on ne roule plus en Traction Avant.